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Invalidité d'un avocat : les indemnités de la CNBF, la pension d'invalidité et le passage à la retraite

Après 90 jours d'arrêt couverts par la prévoyance du barreau, la CNBF verse 90 € par jour pendant trois ans au plus, puis une pension d'invalidité égale à la moitié de la retraite de base entière ou à la base proportionnelle après vingt ans de barreau. Les périodes comptent comme durée d'assurance, et la retraite prend le relais sans minoration en cas d'inaptitude. Conditions, montants, pièges.

L'avocat libéral n'a ni arrêt maladie de la Sécurité sociale, ni employeur pour maintenir son revenu. Sa couverture est à deux étages, la prévoyance du barreau puis la CNBF, et elle ne joue que dans un cas : l'impossibilité totale d'exercer. Pour la retraite, la question est double : ce que l'invalidité verse, et ce qu'elle fait aux trimestres.

Les quatre temps d'un arrêt long

PériodeQui paieCombienConditions
Du 1er au 90e jourLa prévoyance collective du barreau, LPA ou Aon à ParisSelon le contrat du barreauArrêt de travail, demande à l'assureur
Du 91e jour à trois ansLa CNBF90 € par jour, 2 700 € bruts pour un mois de trente jours, versés mensuellement à terme échuInscription au barreau, douze mois d'affiliation, cessation de toute activité, cotisations à jour, volet d'arrêt de travail transmis
Après trois ans, 1 095 joursLa CNBF, pension d'invalidité permanenteMoitié de la retraite de base entière, soit 9 577 € par an ; ou la retraite de base proportionnelle après vingt ans d'anciennetéIncapacité totale maintenue, certificat médical chaque janvier
À la retraiteLa CNBF, pension de retraiteBase et complémentaire acquises, sans minoration en cas d'inaptitudeDemande de retraite

L'assureur du barreau transmet le dossier à la CNBF pour que les prestations s'enchaînent sans interruption. Attention au délai : la demande d'allocation journalière se prescrit par trois ans. Et toute reprise, même partielle, suspend les prestations ; le droit se rouvre à un nouvel arrêt, dans la limite de trois années cumulées si la reprise a duré moins d'un an.

Ce que la CNBF ne couvre pas

Elle n'indemnise que l'impossibilité totale d'exercer : l'avocat qui peut encore travailler à mi-temps n'a droit à rien de la caisse. L'invalidité partielle relève de la prévoyance du barreau, qui la couvre selon ses propres seuils, et des contrats individuels. L'avocat salarié, lui, dépend du régime général pour l'invalidité, pas de la CNBF.

Les prestations sont versées sans condition de ressources et se cumulent avec d'autres revenus, à une réserve près : aucune pension d'invalidité n'est liquidée si l'invalidité est déjà indemnisée par un autre régime obligatoire, ou si l'affection est survenue alors que l'avocat relevait d'un autre régime. Le confrère qui a été salarié longtemps avant le serment doit donc savoir de quel régime relève sa maladie.

L'effet sur la retraite

C'est le point qui rassure. Les périodes pendant lesquelles l'avocat a perçu l'allocation journalière ou la pension d'invalidité permanente sont comptabilisées comme durée d'assurance lors de la liquidation. Deux ans d'arrêt indemnisé ne font pas huit trimestres de moins pour le taux plein. En revanche, aucun point de complémentaire ne s'achète pendant l'invalidité : les prestations ne sont pas un revenu professionnel.

Pendant l'invaliditéConséquence à la retraite
Durée d'assuranceLes périodes indemnisées comptentPas de décote supplémentaire du fait de l'arrêt
Trimestres CNBF de baseComptés comme durée d'assuranceÀ vérifier sur le relevé CNBF après l'arrêt
Points de complémentaireAucun achatLa complémentaire s'arrête au niveau atteint
CotisationsExonération possible des cotisations forfaitaires pour maladie de six mois au moins avec interruption totale, droits conservésPas de trimestre perdu pour cotisation impayée, si l'exonération a été demandée

La demande d'exonération se fait auprès de la CNBF, par lettre recommandée avant l'exigibilité des cotisations, avec les justificatifs : un avocat en arrêt long qui n'y pense pas se retrouve avec une année de cotisations exigibles et, s'il ne les paie pas, des trimestres non validés. Cotisations impayées et trimestres explique la mécanique.

Le passage à la retraite

La pension d'invalidité permanente est servie, selon la fiche de la caisse, jusqu'à 62 ans ; la retraite prend ensuite le relais. Le Conseil national des barreaux précise que la minoration de 1,25 % par trimestre manquant ne s'applique pas en cas de départ pour inaptitude : la pension est alors liquidée au taux plein sur les trimestres et les points acquis, même sans la durée requise. La date exacte du relais et la reconnaissance de l'inaptitude se confirment auprès de la CNBF avant la demande.

Le forfait de base reste proratisé : un avocat de 25 ans de barreau reconnu inapte touche 100 trimestres sur 172, soit 11 136 € par an de base, sans décote, plus sa complémentaire. Le forfait de base détaille le calcul.

Retraite anticipée pour handicap. Elle existe aussi à la CNBF, avant l'âge légal, pour l'avocat qui justifie d'un nombre minimal de trimestres, dont des trimestres cotisés, accomplis avec un taux d'incapacité minimal. Les seuils dépendent de l'année de naissance et de l'âge de départ visé ; la caisse procède à une étude personnalisée sur demande, à l'adresse indiquée dans sa foire aux questions.

Ce qu'il faut tenir à jour

Les cotisations, d'abord : la condition d'être à jour s'apprécie au jour de l'arrêt, et une année en retard ferme la porte aux prestations. La prévoyance du barreau, ensuite, dont les garanties d'invalidité partielle sont la seule couverture entre le mi-temps et l'arrêt total. Le relevé, enfin, après tout arrêt long : les trimestres d'invalidité doivent y figurer, et la caisse les rapproche de ses propres fichiers.

Notre outil de date de départ compte avec les trimestres que vous lui donnez, périodes d'invalidité comprises. Le bilan fait par un expert vérifie qu'elles ont bien été retenues, calcule la pension avec et sans minoration, et situe la date où la retraite prend le relais.

Sources

  • Prestations d'invalidité de la CNBF : impossibilité totale d'exercer, douze mois d'affiliation, arrêt de toute activité, cotisations à jour ; prévoyance du barreau pendant les 90 premiers jours, puis allocation journalière de 90 € pendant trois ans au plus, puis pension d'invalidité permanente égale à la moitié de la retraite de base entière, ou à la retraite de base proportionnelle au-delà de vingt ans d'ancienneté ; suspension en cas de reprise même partielle ; périodes comptées comme durée d'assurance (cnbf.fr, « L'invalidité-décès » ; code de la sécurité sociale, art. R.653-4, R.653-20 à R.653-22 ; statuts de la CNBF, art. 65)
  • Foire aux questions retraite du Conseil national des barreaux, 15 mai 2023 : minoration de 1,25 % par trimestre manquant hors cas de départ pour inaptitude ; retraite anticipée pour handicap sous conditions de trimestres et de taux d'incapacité, étude personnalisée par la CNBF
  • Montant forfaitaire de base 2026 : 19 154 € (Mémento de la protection sociale 2026, fiche 27)
Claude-Henri Poitou
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