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Combien épargner pour compléter sa retraite d'avocat : le plan d'épargne retraite, son plafond, les ordres de grandeur

La retraite CNBF remplace rarement plus de la moitié du dernier revenu. Pour le reste, l'avocat libéral dispose du plan d'épargne retraite, déductible dans la limite de 10 % du bénéfice plus 15 % de la part comprise entre un et huit plafonds de la Sécurité sociale. Le plafond 2026 selon le bénéfice, ce qu'un capital peut servir, et ce que le PER ne remplace pas.

Un avocat à 95 000 € de revenu qui part après trente ans de barreau touche de l'ordre de 2 900 € brut par mois de la CNBF : un peu plus du tiers de ce qu'il gagnait. La différence ne viendra d'aucune caisse. Elle viendra d'un capital constitué pendant l'activité, ou elle ne viendra pas. Cet article donne les ordres de grandeur, pas un conseil de placement : le choix du support, du gestionnaire et des frais relève d'un conseil en patrimoine.

Partir du manque à gagner

La première question n'est pas combien le PER permet de déduire, mais combien il manquera. Le calcul tient en trois lignes : le revenu que vous voudrez à la retraite, la pension que les règles vous donnent, l'écart mensuel. Pour la pension, six carrières chiffrées montrent que la CNBF remplace de 30 à 60 % du dernier revenu, et notre estimation de pension donne votre ordre de grandeur.

Ensuite seulement, le capital nécessaire. Un capital qui sert une rente pendant vingt-cinq ans, de 64 à 89 ans, se dimensionne ainsi :

Complément vouluCapital sans rendementCapital avec 2 % de rendement réel par an
300 € par mois90 000 €70 000 €
500 € par mois150 000 €117 000 €
1 000 € par mois300 000 €234 000 €

Et l'effort pour y parvenir, à 2 % de rendement réel par an :

Épargne mensuelle10 ans20 ans30 ans
300 €39 000 €87 000 €146 000 €
500 €66 000 €146 000 €243 000 €

Un avocat de 35 ans qui épargne 500 € par mois pendant trente ans se constitue l'équivalent de 1 000 € par mois de complément à la retraite. Le même effort commencé à 55 ans donne 300 € par mois. Le rendement réel de 2 % est une hypothèse de calcul, pas une promesse.

Le plafond de déduction 2026

Le plan d'épargne retraite est, pour un libéral, l'outil fiscal le plus simple : les versements se déduisent du bénéfice imposable, dans une limite propre aux travailleurs non salariés, plus haute que celle des salariés. Elle se calcule sur le bénéfice de l'année : 10 % du bénéfice, retenu jusqu'à huit plafonds de la Sécurité sociale, plus 15 % de la part du bénéfice comprise entre un et huit plafonds. Le plafond 2026 de la Sécurité sociale est de 48 060 €.

Bénéfice imposable 202610 % du bénéfice15 % entre 48 060 € et huit plafondsDéduction maximale
40 000 €4 000 €0 €4 806 €, le minimum
60 000 €6 000 €1 791 €7 791 €
95 000 €9 500 €7 041 €16 541 €
150 000 €15 000 €15 291 €30 291 €

Le minimum est de 10 % du plafond de la Sécurité sociale, 4 806 € en 2026, quel que soit le bénéfice. Le plafond non utilisé une année se reporte sur les années suivantes, et le montant disponible figure sur l'avis d'impôt, à la ligne « plafond épargne retraite ». Les cotisations obligatoires à la CNBF, elles, sont déjà déduites en charges : le PER s'ajoute, il ne les remplace pas.

L'économie d'impôt vaut le taux marginal : 1 000 € versés coûtent 590 € à un avocat imposé à 41 %, 700 € à 30 %. Elle n'est qu'un report : à la sortie, les sommes déduites sont imposées, en rente comme une pension, en capital au barème pour les versements et au prélèvement forfaitaire pour les gains. L'intérêt réel du PER tient à l'écart entre le taux marginal pendant l'activité et celui à la retraite, en général plus bas pour un avocat.

Ce que le PER ne remplace pas

Les trimestres. Aucun placement ne réduit la décote. Un trimestre manquant retire 1,25 % de la base et de la complémentaire à vie, et il se rachète : rachat de trimestres, barème 2026. À capital égal, le rachat qui donne le taux plein bat souvent le PER, parce qu'il efface une minoration sur deux pensions à la fois.

Les points. La CNBF ne vend pas de points de complémentaire en dehors des cotisations. Le levier qui en achète davantage est la classe de cotisation : classe C1, C2 ou C2+, déductible elle aussi, et dont le rendement se compare à celui d'un PER.

Le temps. La date de départ reste le levier le plus puissant : chaque trimestre après le taux plein majore la base de 1,25 % et achète des points, et deux années d'activité de plus pèsent plus lourd que dix ans d'épargne modeste. Quelle date de départ pour un avocat donne la méthode.

L'ordre des décisions

Vérifier d'abord la carrière, puis arbitrer entre rachat, classe et date, puis dimensionner l'épargne sur l'écart qui reste : c'est l'ordre qui coûte le moins. Le bilan fait par un expert chiffre les trois premiers points, régime par régime, et laisse le quatrième à votre conseil en patrimoine, avec un chiffre d'écart précis plutôt qu'une intuition.

Sources

  • Déduction des cotisations d'épargne retraite des travailleurs non salariés : 10 % du bénéfice imposable retenu dans la limite de huit plafonds annuels de la Sécurité sociale, majorés de 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre un et huit plafonds ; minimum de 10 % du plafond (code général des impôts, art. 154 bis)
  • Plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 : 48 060 € (arrêté du 22 décembre 2025)
  • Plan d'épargne retraite individuel ouvert depuis le 1er octobre 2019, qui remplace les contrats Madelin retraite fermés à la souscription depuis le 1er octobre 2020 ; sortie en rente ou en capital (loi Pacte du 22 mai 2019)
  • Régime complémentaire CNBF : pas de rachat de points ; régime de base : versements pour la retraite limités à douze trimestres (Mémento de la protection sociale 2026, fiches 27 et 28)
Claude-Henri Poitou
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